Entraîner l’invisible 4 : confiance au football

Par Marion Bril, Marc Coureau, Damien Della Santa, Dominique Fournet et Xavier Longa

L’entraînement consiste à développer la capacité d’adaptation, c’est à dire à augmenter l’efficience de la boucle perception-action. Il s’agit donc d’améliorer le fonctionnement interne, invisible et naturel de l’athlète.1

La quatrième illustration sur le terrain est présentée par Damien Della Santa.

La confiance de l’attaquant au football

Karim* est attaquant professionnel. Recrue la plus chère de son équipe au mercato d’été, il se procure beaucoup d’occasions sans en convertir une. Cinq matchs après le début de saison, les doutes apparaissent, émanant tout d’abord du public, puis de son entraîneur jusqu’à s’ancrer dans sa tête.

Karim reste alors en plus des séances, pour travailler devant le but, encore plus, pour être plus efficace en match. C’est le résultat inverse qui se produit.

Lorsqu’il me sollicite, je lui propose un exercice simple. A sept mètres des buts, je lui adresse des centres appuyés au sol qu’il doit reprendre en une touche de balle. L’originalité repose sur le fait que je lui demande non pas de marquer dans le but vide, mais de RATER.

Et là, deux ballons sur trois terminent leur course dans le but. Karim a raté ses ratés !

Alors, nous pouvons nous arrêter sur ce qu’il vient de se passer et en discuter. Le joueur exprime qu’il se sent déréglé, mais cette expérience aura l’effet d’un reset. Lorsque l’on creuse un peu avec Karim, il exprime que son intention était de ne pas mettre le ballon dans le but. Le cerveau ne prenant pas en charge de manière directe la négation, il s’avère que son intention première était de « mettre le ballon dans le but ».

Nous reprenons l’exercice avec l’intention de « mettre le ballon au-dessus du but », et là, il réussit trois fois sur trois à mettre le ballon au-dessus du but.

Fort de cette expérience, nous explorons sont dialogue interne, dans cette phase de doute. Dès son arrivée, Karim « ne devait pas se rater » car c’était un gros transfert, il ne devait pas « manquer le ballon » dans cette occasion facile, ni « tirer au-dessus » cette reprise de volée, ou « à tout prix cadrer » cette troisième occasion du match…

Et bien, compte tenu du fait que le cerveau ne gère pas en première instance la négation, c’est exactement ce qu’il s’est passé :

Karim s’est raté, il a manqué le ballon, tiré au-dessus, cadré en tirant dans les bras du gardien…

Conclusion : la réponse motrice visible est seconde à l’intention invisible. Parfois, la solution ne vient pas du visible, d’un problème technique, mais de l’invisible, d’une intention trop peu claire ou négative.

La solution consiste alors à clarifier l’intention : je joue pour gagner, je tire pour marquer.

Karim a inscrit ensuite quatre buts lors des six matchs suivant, lançant sa saison dans son nouveau club !

* Pour des raisons de confidentialité, le nom a été modifié.

1. Voir notre article le mesurable et l’invisible.

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