Entraîner l’invisible 5 : le service au tennis

Par Marion Bril, Marc Coureau, Damien Della Santa, Dominique Fournet et Xavier Longa

L’entraînement consiste à développer la capacité d’adaptation, c’est à dire à augmenter l’efficience de la boucle perception-action. Il s’agit donc d’améliorer le fonctionnement interne, invisible et naturel de l’athlète.1

La cinquième et dernière illustration sur le terrain est présentée par Marion Bril.

Le service au tennis

Une joueuse de tennis top 60 du circuit WTA travaille depuis quelques semaines sur un secteur de jeu qu’elle considère comme étant son point faible : son service.

La problématique est bien ciblée : la balle est souvent « out » sur son service coin externe, surtout lorsqu’elle sert côté droit.

Malgré plusieurs sessions d’entrainement à répéter ce geste, elle ne réussit pas à gagner en efficacité et commence à perdre confiance.

Elle exprime alors le besoin de sortir de la technique et de retrouver des sensations.

En accord avec son coach, ils me sollicitent afin d’expérimenter une approche différente.

Profitant d’un de ses passages en France, nous nous donnons rendez-vous sur un court de tennis parisien.

L’objectif de la session ne sera pas de montrer ou corriger un geste précis, mais au contraire de faire ressentir des contrastes de motricité à la joueuse. Nous lui donnons des exercices variés pour qu’elle explore différentes façons de servir afin de trouver par elle-même son geste le plus fluide et le plus efficace. 

Amusée par le challenge, elle se prête au jeu pendant une trentaine de minutes.

Une fois la fluidité retrouvée, nous continuons le travail en nous focalisant sur le service coin externe. Depuis plusieurs semaines, elle répète ce service à l’entrainement, se rapproche de plus en plus du point d’impact recherché mais la balle est encore souvent trop longue. 

Afin de gagner en précision dans ce secteur, la consigne proposée la surprend : sortir encore plus largement la balle du cours (au moins deux mètres trop long).

L’idée ici n’est pas de corriger l’erreur, mais bien de l’amplifier.

Sur le service suivant, il faut qu’elle mette la balle en direction du coin externe, mais beaucoup trop court (dans le filet). 

Plutôt que de répéter les services en essayant à chaque tentative de se rapprocher de la cible jusqu’à la toucher, nous balayons ici les extrêmes (trop court et trop long) pour procéder à un véritable « étalonnage » du cerveau. 

Nous continuons cet étalonnage à différentes distances de la cible recherchée. Pour finir, elle revient à la simplicité d’un service avec la seule intention de viser l’angle externe.

Finalement le tournant de la séance ne se produit pas lorsqu’elle atteint la cible pour la première fois de la session… mais au moment où elle enchaine avec efficacité une série de services réussis, le tout en variant ses impacts, coin externe compris !

En s’appuyant sur les différents repères moteurs accumulés au préalable, elle est parvenue à s’autoréguler, gagnant en précision et régularité quelle que soit la cible recherchée. 

La fin de la séance nous réservait une bonne surprise : la joueuse constata qu’elle ressentait moins une douleur d’épaule qui commençait à la gêner depuis quelques jours.

1. Voir notre article le mesurable et l’invisible.

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