L’Anglais comme un réflexe

par Marc Coureau

« It doesn’t take a lot of strength to hang on. It takes a lot of strength to let go. » JC Watts

« Let go », « lâcher prise » : cela suffit pour apprendre à parler Anglais. Pourquoi est-ce donc si difficile pour les élèves Français ?

Chaque langue constitue une manière spécifique d’appréhender le monde. La langue que l’on parle détermine ce que l’on est capable de percevoir et d’exprimer. C’est pourquoi ce qui est évident pour un Français ne l’est pas forcément pour un Espagnol, un Japonais… ou un Anglais.

Malgré leur proximité géographique, les perceptions collectives diffèrent grandement entre notre française et la culture anglo-saxonne. Il suffit de se pencher sur l’histoire des deux langues pour comprendre en quoi leur fonctionnement diverge.

L’Anglais s’est construit par simplifications progressives pour permettre à des personnes de cultures différentes de communiquer. Pictes, Saxons, Celtes, Gaulois, Romains, Gaëls, Vikings, puis Indiens, Africains, Américains, Australiens, Canadiens… Tous ces peuples aux langages, représentations et croyances disparates ont utilisé pour s’entendre une langue qui est devenue l’Anglais moderne.

Pour parler Anglais, il ne s’est jamais agi de suivre des règles, mais seulement de transmettre et recevoir des images pour « s’entendre ». C’est une langue synthétique : l’image engendre très directement l’énoncé.

En Anglais, il n’y a pas de fautes : soit les mots que j’utilise dessinent une image pour mon interlocuteur, soit ce n’est pas le cas. Tant que l’image est claire, mon énoncé est valide. Seule l’image que je transmets détermine ce que je peux dire.

La langue française, en revanche, a été enseignée à la population française depuis un peu plus d’un siècle. Nos grands-parents ou arrière-grand-parents (trois générations seulement !) ne parlaient pas français avant d’aller à l’école de la République. C’est pourquoi la crainte de l’erreur est enracinée dans l’utilisation de la langue française, donc dans notre culture. Il faut « parler correctement », ne pas faire de « fautes »1. En français, on pourrait dire que c’est la grammaire et la syntaxe qui conditionnent ce que je dis, au moins autant que l’image que je souhaite transmettre.

Il existe même une institution très respectée, l’Académie Française, pour décider officiellement de ce qu’on dit « en bon Français » – et en creux, ce qui est du « mauvais Français. »

Rien de tel en Anglais. Chacun peut élaborer son langage en fonction de ce qu’il a besoin de communiquer. Il n’y a pas vraiment de néologismes puisque tout peut se combiner et faire sens naturellement. Et incidemment, dans la culture anglo-saxonne, l’action pragmatique, innovante et créative est valorisée. Elle peut bien sûr être contestable (GAFA, ultralibéralisme, individualisme…) mais elle constitue une réalité qui a largement modelé notre monde moderne.

L’anglais, une langue d’action, nourrit une culture d’hommes d’action, mais aussi de poètes et d’artistes extraordinaires. Shakespeare jonglait avec les mots, les images et les double-sens avec une adresse inégalée. Les musiques populaires du XXe siècle ont conquis la planète grâce à leur sincérité confondante : blues, jazz, swing, rock, pop… Autant de mots qui désignent à la fois le genre et les sensations qu’il procure, voire les actions qui en découlent. Ce ne sont que quelques exemples. La culture française n’a pas à rougir de la comparaison, bien sûr. Mais elle s’incarne différemment, de manière plus intellectuelle et structurée, c’est-à-dire moins spontanée.

Car pour communiquer, la vitesse est essentielle. Apprendre à parler Anglais ne peut donc pas se réduire à apprendre des mots nouveaux, plaqués sur les mêmes mécanismes. Il s’agit plutôt de changer des habitudes profondes et de développer des réflexes différents.

1. On pourrait d’ailleurs gloser sur le sens du mot « faute » dans la culture catholique Française.

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