Des types psychologiques de Carl Jung aux préférences motrices : 100 ans d’histoire de la connaissance de soi

Par Francine René

Heureux hasard du calendrier, Bertrand Théraulaz et Ralph Hippolyte viennent de publier La bible des préférences motrices alors que 2021 marque le 100e anniversaire de la parution du livre de référence de Carl Gustav Jung, Les types psychologiques.

C’est l’occasion idéale de retracer l’évolution de ces approches de la connaissance de soi, depuis la formalisation des fonctions Jungiennes jusqu’à celle du neuromodèle d’ActionTypes®. 

Carl Gustav Jung et les types psychologiques

Carl Gustav Jung (1875 – 1961) était un psychiatre et psychologue Suisse.

À partir de l’observation clinique de patients, il a élaboré une conception de la psyché qu’il a appelée « psychologie analytique » ou « psychologie des profondeurs » pour la distinguer de la psychanalyse freudienne, dont il a été l’un des premiers disciples. Il s’en est éloigné par la suite en raison de divergences théoriques et personnelles.

Son ouvrage Les types psychologiques (1921) a constitué une avancée significative dans le domaine des sciences humaines. Jung y présentait les « types » comme une approche permettant de diagnostiquer les différences de fonctionnement psychologique entre les individus. Ces différences reposent essentiellement sur des modes complémentaires de perception et d’évaluation de l’information.

Elles nous éclairent dans notre compréhension de nous- même et des autres. Grâce à cette connaissance, au lieu de reprocher à une autre personne son mode de raisonnement, on peut comprendre que cette personne présente un type différent et donc aborde le monde avec une autre perception. 

Les questionnaires de personnalité

Les travaux de Jung ont été largement repris pour créer des questionnaires écrits dans l’objectif de définir le « type » d’une personne sans passer par une psychothérapie. 

Certains de ces héritiers se sont attachés à respecter et à enrichir les travaux du psychiatre tandis que d’autres, moins scrupuleux, se sont permis de regrettables raccourcis.

Aujourd’hui, la tendance partagée par la majorité de ces tests revient à stéréotyper des comportements pour enfermer la personne dans une case certes pratique, mais réductrice.

Individuation plutôt que classification

De nombreux pièges se cachent dans l’utilisation des travaux de Jung. L’un des principaux biais est d’oublier la richesse de son approche originelle qui introduit le principe fondamental de l’individuation

Selon Jung, l’individuation suggère une dynamique de développement de la personnalité́ en fonction de l’âge : « une prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels de la psyché ». En d’autres termes, nous nous transformons toute notre vie. Nous nous adaptons plus ou moins aux contextes et en tirons une expérience. Notre manière de voir le monde et de nous relier à lui évolue.

Lorsqu’on interroge une personne à l’aide d’un questionnaire à un seul moment de sa vie (généralement à l’âge adulte), n’est-elle pas influencée par son éducation familiale, sa culture d’entreprise, ses expériences de vie, son humeur du jour ?  Lorsque nous répondons à un questionnaire puis en lisons le résultat, quelle est la part de la « préférence de fonctionnement psychologique » décrite par Jung que nous pourrions qualifier « d’innée » ? Quelle part « d’acquis » ?

Plus que des indications sur notre mode de fonctionnement « inné » préférentiel, ce type de questionnaire permet d’obtenir un diagnostic à l’instant T de notre personnalité telle qu’elle a évolué, et évoluera encore, tout au long de notre vie.

L’importance de pouvoir identifier son fonctionnement inné

Notre personnalité est en perpétuelle évolution. Pour accéder à une meilleure connaissance de soi, de nos besoins, et développer nos capacités, il est préférable de chercher à identifier et comprendre notre mode de fonctionnement préférentiel inné. On pourrait le qualifier de « système de pilotage ». 

Ce système réflexe et plus ou moins inconscient constitue notre potentiel de développement. Il nous permet de comprendre à partir de quelles ressources nous pouvons nous exprimer et nous épanouir pleinement. Il constitue un refuge dans lequel nous pouvons revenir quand le contexte nous bouscule.

Chassez le naturel, il revient au galop !

Les préférences motrices et cérébrales

Depuis 1990, Bertrand Théraulaz et Ralph Hyppolite ont progressivement élaboré l’approche ActionTypes® en s’appuyant sur leur expérience dans l’accompagnement de sportifs de haut niveau. Ils ont contribué à de nombreux projets ayant abouti à des médailles aux Jeux Olympiques.

À partir de l’observation d’athlètes au quotidien et d’une série de constats de terrain, les deux chercheurs ont mis en évidence des profils moteurs, appelés aussi « signatures motrices » ou « empreintes motrices ».

Il s’agit de systèmes cohérents de préférences de coordination qui permettent à des sportifs d’agir avec une efficacité équivalente en utilisant des stratégies de mouvement différentes. Ces systèmes ouvrent une alternative à la formation standardisée (« la même technique pour tous ») en remettant l’individualisation au centre de la performance.

Tous les neuroscientifiques s’accordent aujourd’hui sur l’hypothèse que la complexité de notre cerveau est liée à nos besoins de coordination motrice. L’évolution nous aurait doté d’un cerveau sophistiqué pour produire des mouvements complexes permettant de s’adapter à notre environnement et de s’y déplacer pour survivre. Par conséquent, notre fonctionnement cérébral se manifeste dans notre manière individuelle de construire le mouvement : c’est la « préférence motrice et cérébrale » de chaque personne.

Le neuromodèle ActionTypes®

Au fur et à mesure de leurs recherches, des liens entre les coordinations motrices et les fonctions Jungiennes ont émergé. Bertrand Théraulaz a mis en évidence la première corrélation, entre les types de marche et les fonctions de perception. Sur la base d’observations de plus en plus nombreuses et de vérifications méthodiques sur le terrain, ils ont créé un neuromodèle.

S’appuyant sur un profilage à partir de tests de motricité, cette approche donne ainsi un accès très direct à notre système de pilotage et permet d’en observer la nature.

Modélisation à vocation pragmatique d’un système à la complexité illimitée, ce neuromodèle ouvre de nouveaux horizons au-delà du domaine du sport : développement personnel, management, communication, famille …

Ces recherches s’inscrivent dans la même exigence éthique que celle des travaux de Carl Gustav Jung : le respect de l’individu et le principe d’unicité. Dans La bible des préférences motrices, Bertrand et Ralph écrivent :

« Quelles que soient les préférences, il n’est pas possible de réduire les personnes à leur simple description. Si nous avons tous des préférences, nous ne sommes pas ces préférences. Elles ne nous définissent pas. ».

Cela fait bien écho, cent ans plus tard, à la maxime de Jung :

« Chaque individu est une exception à la règle ».

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