Entraîner l’invisible 2 : sports de combat

Par Marion Bril, Marc Coureau, Damien Della Santa, Dominique Fournet et Xavier Longa

L’entraînement consiste à développer la capacité d’adaptation, c’est à dire à augmenter l’efficience de la boucle perception-action. Il s’agit donc d’améliorer le fonctionnement interne, invisible et naturel de l’athlète.1

La deuxième illustration sur le terrain2 est présentée par Marc Coureau.

L’intention motrice en sports de combat

Le travail suivant a été réalisé avec un groupe de boxeuses de niveau international. Il s’agissait de développer leur capacité à se focaliser sur les éléments du contexte pertinents, sans se laisser polluer par des pensées néfastes (peur du résultat négatif par exemple).

Notre proposition a consisté à clarifier l’intention motrice qui permet de s’affranchir du contexte. Elle n’intervenait pas au niveau de la boxe mais du fonctionnement moteur interne et invisible. Car à ce degré de compétition, il faut distinguer deux niveaux d’intention :

  • Au niveau moteur, il ne peut pas y avoir de nuance. Le corps se coordonne ou ne se coordonne pas (notion de 0/1). l’intention motrice efficace est donc toujours très simple. On pourrait l’appeler « intention primaire ».
  • Au niveau boxe, l’intention sera beaucoup plus complexe. Il faut s’organiser pour répondre aux exigences du haut niveau sans désorganiser l’intention motrice, qui est donc nécessaire mais pas suffisante.

La première étape du travail a consisté, lors d’une séance d’oppositions libres, à demander aux athlètes de verbaliser leurs pensées après chaque round et à les noter par écrit. Les pensées relevées étaient très variées d’une athlète à l’autre mais aussi, pour chaque athlète, d’un round à l’autre. Certaines pensées avaient trait à la boxe (tactique, stratégie, réalisations techniques), d’autres à des ressentis et des émotions.

Nous avons ensuite utilisé un simple test ActionTypes® pour vérifier si du point de vue strictement moteur, ces pensées permettaient au corps de s’organiser ou non de manière optimale. La désorganisation de la coordination était manifeste pour les pensées relevées qui étaient liées à des éléments externes (arbitrage, observateurs, conséquences…). De plus, aucune pensée « boxe » ne permettait de se coordonner en toutes circonstances.

Pendant l’action, les athlètes étaient uniquement focalisées sur le contexte externe (pertinent ou non) et leurs pensées fluctuaient logiquement avec lui.

Nous avons donc entrepris de rechercher une pensée à même de permettre l’expression motrice optimale dans toutes les situations de la boxe. Nous recherchions la « grande intention » de la boxe anglaise, celle qui structure fondamentalement la perception et l’action en situation de combat. Pour être disponible en permanence, elle devait être indépendante du contexte externe.

Toujours à l’aide des tests de coordination, nous avons évalué une série de propositions pour les affiner progressivement. En raison de la logique d’opposition du combat (il y a un adversaire à gérer), l’intention primaire qui a progressivement émergé est relative :

Impacter plus que je suis impactée

« Impacter », c’est toucher fort et efficacement. Il est à noter que cette intention est toujours valide à la fois pour la boxe amateur (où les juges valorisent les touches nettes et puissantes) et pour la boxe professionnelle (où la finalité d’affaiblir progressivement l’adversaire s’ajoute à celle d’obtenir la faveur des juges). Cette intention devrait logiquement fonctionner dans tous les sports pieds-poings mais cela reste à vérifier sur le terrain.

« Impacter plus que je suis impactée » est une intention primaire qui permet de se coordonner. Cela ne signifie pas que dans la réalité tactique du combat, l’athlète évitera à tout prix d’être touchée. Cela lui arrivera forcément et le corps, qui sait très bien gérer les coups et la douleur jusqu’à une certaine limite, n’en sera pas forcément déstabilisé.

Mais en situation de combat, c’est cette intention primaire qui permet au système de se coordonner de manière optimale. À l’extrême, une stratégie selon laquelle l’athlète se laisserait volontairement « impacter » ne fonctionnerait pas du point de vue moteur. Le système primaire ne peut pas percevoir ni agir correctement à partir d’une intention contraire à sa survie.

Une fois cette prise de conscience réalisée, il appartient à chaque athlète de renforcer cette intention primaire afin qu’elle reste disponible en toutes circonstances, quel que soit le niveau d’enjeu, de stress ou de « pression ». Ici, le rôle de l’entraîneur consiste à l’aider à convertir progressivement ce processus conscient en réflexe.

Bien sûr, le haut niveau impose d’y ajouter des intentions techniques, tactiques et stratégiques. C’est à la construction de ce deuxième niveau d’intention en fonction des besoins moteurs individuels de chaque athlète qu’ont été consacrées nos interventions suivantes.

1. Voir notre article précédent, le mesurable et l’invisible.
2. Illustration précédente : escalade en EPS.

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